Déconstruire la Macronie : au temps béni des post-colonies.

« La société où vous vivez a pour but de vous détruire. Vous en avez autant à son service. L’arme qu’elle emploiera est l’indifférence. Vous ne pouvez pas vous permettre d’adopter la même attitude. Passez à l’attaque ! » 

Michel Houellebecq, « Frapper là où ça compte » de « Rester Vivant » (1991).

Nous sommes dans un département français. Le couvre-feu s’installe depuis déjà plusieurs jours. L’armée entre en scène avec des jets de bombes lacrymogènes. De nuit, comme de jour. Les post sur les réseaux sociaux dénonçant ou constatant tout simplement ce qui se passent sont vite supprimés. La censure se fait quasi automatiquement. Même sur les ondes radiophoniques, on coupe ceux qui parle de ce sujet sans filtre. Nous sommes en décembre 2019 et Macron a violé l’imaginaire collectif des réunionnais. Personne n’avait jamais symboliquement frappé aussi fort depuis… le code noir ! Cette très grave censure des réunionnais a été orchestré par la préfecture avec certainement l’aval de l’Elysée. Elle est niée par les médias locaux qui ont évité d’évoquer cette nouvelle et glauque « ingénierie sociale » … C’est là où les réunionnais ont compris qu’ils venaient de se faire symboliquement violer. D’autant plus que ce viol est devenu un tabou. Ce choc a été enfui de notre mémoire collectif. Rien d’étonnant qu’aucun média national ait pu reprendre cette affaire régionale qu’ils ignorent totalement. Comment est-on arrivé à ce débordement de la crise gilet jaune réunionnais ? Essayons de mettre en perspective cet environnement social chaotique…

La possibilité d’une île :

La France actuel a un double héritage monarchique et républicain qui peut paraitre antagoniste à premier vue, alors qu’elles peuvent être complémentaires si elles sont articulées avec subtilité. Le plus parfait des exemples illustrant cette articulation complexe, et le plus souvent oublié, est la loi de départementalisation des 4 vieilles colonies. Ces dernières datent tous du 1er Empire Coloniale sous la Monarchie, mais cette conservation gaullienne se fait en 1946 sous la IVème République. Avec l’abandon de l’Algérie française, elle est confirmée à nouveau sous la Vème République via l’ancrage politique de Michel Debré à la Réunion où il s’est fait élire député après sa démission de premier ministre. Debré ne fut pas tant qu’un banal député, qu’un Gouverneur qui ne disait pas son nom dans ce département-pilote pour la modernisation de l’outre-mer français, en retard sur l’Hexagone. Au bout de 75 ans, les ultramarins peuvent avoir le recul de 3 génération de l’héritage monarchico-républicaine. Cependant, la consolidation du sentiment patriotique français en Outre-Mer se détériore petit à petit, remplacé par un ressentiment revanchard à cause des influences néfastes de Christiane Taubira, avec sa sacralisation mémorielle républicaine de l’esclavage et de l’itinérance mémorielle de Macron, sous l’influence de Pascale Blanchard.

Pour comprendre le terme « assimilation républicaine », il faut revenir aux bases de la Vème République : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. », prononcé par Charles De Gaulle le 5 mars 1959 selon Alain Peyrefitte dans « C’était De Gaulle ». Je milite pour que cette formule soit inscrite dans notre constitution, car elle peut paradoxalement aider la France d’aujourd’hui à dépasser ses démons postcoloniaux en redéfinissant clairement son modèle d’assimilation c’est-à-dire le mode de vie du « français de souche » …

D’où est-ce que tu parles camarade ?

Pour pouvoir parler de la question postcoloniale, quoi de mieux que vous témoigner longuement de mon parcours en tant que domien/ultramarin ? J’assume totalement ici ma subjectivité, mais cela sera utile pour vous de mieux comprendre mon point de vue :

Je suis né 694 ans, jour pour jour, après la canonisation de Saint-Louis au centre-ville de… Saint-Louis de la Réunion. J’ai grandi dans une cité du quartier de Basse-Terre à Saint-Pierre, qui fut à l’époque coloniale, un immense domaine agricole entretenus par des esclaves. Saint-Pierre et Saint-Louis sont deux communes voisines du sud de l’île, qui étaient à l’époque gérées par le Parti Communiste Réunionnais. Bien que j’aie vécu 22 ans de ma vie chez mes parents, j’ai également habité 5 ans vers le quartier du Chaudron, dans la capitale réunionnaise durant mes études secondaires. L’énorme point de convergence entre ces trois quartiers c’est qu’ils sont les trois les quartiers urbains les plus pauvres et en difficultés de ce département français ultramarin, déjà économiquement marginalisé. Dans ce système produisant en masse des marginaux sociaux, ma famille a toujours tenté de survivre… L’année 1991 est une triple année symbolique :

  • Au niveau international : l’année de la chute de l’empire de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Fin de la guerre froide. Début de la prétendue « fin de l’Histoire » avec le règne unilatérale de l’Empire global de l’Oncle Sam.
  • Au niveau national : Mitterrand est le président prétendument d’un gouvernement « socialiste », ayant tout renoncé à l’idéal socialiste comme du compromis du programme commun avec le PCF depuis 1983. Ce dernier, va masquer son tournant libéral par l’instrumentalisation du sociétal. Pas étonnant qu’à Matignon on ait eu la première et l’unique premier ministre femme qui n’a pas raconté que des salades (éculée comme blague, j’assume).
  • Au niveau régional : l’année de l’émeute du quartier dionysien urbain et populaire du Chaudron faisant 8 morts lors d’un pillage et incendie d’un magasin de meubles.

Quoique d’origine indo-européanno-africaine, je ne me considère pas réellement comme un citoyen du monde tout simplement, car je suis un enraciné insulaire et non un nomade mondialiste. J’ai de ce fait un double ancrage régional et national : je suis un ultramarin enraciné créolophone. Le créole est la langue de mes émotions, tandis que le français est la langue de la raison que j’utilise occasionnellement dans les institutions. Je suis donc linguistiquement non-binaire avec mon créole francisé. La génération Y et Z passe par là. Je faisais clairement parti de cette classe populaire totalement perdante à qui on a faussement vendu le progrès de la mondialisation heureuse lors du référendum de Maastricht de 1992. Tonton David (paix à son âme !) l’a bien retranscrit en 1994 dans sa chanson « Sûr et certain » :

« Mais je suis sûr, sûr

Qu’on nous prend pour des cons

Mais j’en suis certain

Quelque chose ne tourne pas rond

Originaire d’une île classée DOM-TOM

Assistance sans calcul, mon œil de la Métropole

Par ici le Club Med, par-là les maisons de tôle

Calmer le peuple à coups de RMI

Que personne ne s’affole »

Lignée ancestrale de français post-colonisé :

Les yab étant aussi appelé « les petits-blancs » est la composante principale du peuplement réunionnais. Les petits-blancs, groupe ethnico-social majoritaire réunionnais, se distingue des « gros blancs », groupe ethnico-social minoritaire réunionnais. Les deux groupes ont pour ascendance commune des colons européens. Les plus fortunés des colons venaient directement s’installer sur l’île avec leur femme du vieux continent. Mais pour une partie non-négligeable d’entre eux, leur implantation à la Réunion au 17ème et 18ème siècle en tant que jeunes hommes célibataires européens pauvres s’est faite au prix de se marier avec des femmes de l’Océan importer sur l’île, soit des Malgaches ou indo-portugaises. Le problème de consanguinité des premières générations de réunionnais se posa directement dès le début du peuplement de l’île. C’est ainsi, qu’on peut déjà distinguer des riches colons blancs ayant le luxe de se payer des esclaves avec de grandes exploitations sur le littoral, tandis que les pauvres colons souvent agriculteurs ou marins sont obligés de se métisser pour transmettre leur sang, finissant par marginaliser dans les hauts de l’île sur des parcelles de terres plus sinueuses. Le clivage entre ces deux groupes est d’autant plus une question de rang social que de pureté de leurs sangs respectifs. En effet, l’instauration du code noire en 1723 favorisera un blanchiment des premières générations de réunionnais né métis de ces unions mixtes, par l’importation plus régulière de nouvelles familles venues d’Europe.

Sur mes 8 arrière-grands-parents, 7 sont yabs et 1 est kaf, descendant direct d’esclaves africains. En gros, 7 de mes arrière-grands-parents sont des blancs issus d’un très lointain métissage (donc « racialement non identifiés ») et un clairement noir africain. C’est avec ce bagage génétique que je me considérais naturellement comme un archétypale créole métis yab-kaf. Soit un mélange de petit-blanc, déjà métissé il y 3ème siècle, qui a pu à nouveau se métisser après l’abolition de l’esclavage là où les barrières ethniques ont pu complètement s’effacer. Bien sûr ce genre de barrière social et ethnique ne s’est pas fait en un jour, mais sur plusieurs décennies, voire, tout simplement plus d’un siècle pour la majoritaire d’entre eux. La hiérarchisation de la société coloniale créole réunionnaise en fonction de la couleur a toujours eu du plomb dans l’aile. Je serais un intermédiaire entre un quarteron et un mulâtre, soit un mot inexistant pour dire que j’aurais près d’un tiers de sang noir.

J’ai vécu mes 19 premières années de ma vie à Saint-Pierre, appelé familièrement la « capital du Sud » comme pour trouver une ville concurrente à la capitale de l’île se trouvant au Nord. J’ai effectué mes 2 premières années de licence de Géographie dans le campus sud du Tampon, commune voisine de St-Pierre où je continuais à résider chez mes parents. Ce n’est qu’à 20 ans en 3ème année de Géographie, que j’ai dû emménager au CROUS du camps nord à St-Denis de la Réunion. C’est là-bas que j’ai rapidement compris j’étais perçu exclusivement comme un yab à cause de mon accent de yab sudiste, accent dont je n’en avais pas du tout conscience avant de quitter mon sud natal (c’est-à-dire 20 ans !). C’est en l’espace d’une semaine d’intégration dans mon nouvel environnement du campus Nord que j’ai eu l’étrange retour de trois personnes différentes qui m’ont demandé si je venais de St-Joseph, de la Plaine des Cafres ou de Cilaos… 3 villes archétypale rempli d’agriculteur yab. Bien sûr leur remarque était sur le ton de la moquerie. Ce fut un choc pour moi de prendre conscience que j’avais un accent aussi prononcé. La moquerie contre les yab est un comportement très répandu dans la société réunionnaise où notre accent chantant est considéré comme drôle, rien de bien méchant. Mais ce sont les clichés sur les yab agriculteurs arriérés, voire des ploucs, qui sont le plus persistant. Je ne sais pas si on peut appeler là du racisme anti-blanc, mais j’ai vite déchanté à force de prendre des remarques persistantes sur mon accent et mes origines de blancs… Que j’ai tout fait pour gommer et que j’ai pu faire disparaitre durant mes 5 années d’études (ou de fête plutôt !) au campus de Saint-Denis parmi une majorité de réunionnais avec l’accent créole standard, non-yab sudiste. Je me suis « assimilé » à eux de peur d’être systématiquement moqué pour mon accent et mes prétendus origines villageoises montagnardes, qui remontent en réalité à mes lointain aïeux. Contrairement à mes parents, j’ai vécu dans une cité populaire de centre-ville très mélangé à l’image de l’île. Je serai comparable à un jeune prolo londonien des années 60 ayant connu le mouvement skinhead qui n’est originellement ni d’extrême-droite, ni raciste. C’est un mouvement des années 60 des villes britanniques où les prolos blancs qui fréquentaient leurs voisins prolos d’origine jamaïcaine, copiaient le style vestimentaire et musicale à cause de leur proximité sociale. Ainsi, la musique ska qui est la fusion entre la soul et le reggae, adulée par les skinheads d’origine est une musique qui ne me laisse pas du tout indifférent en tant que fan d’Aretha Franklin et Bob Marley. J’aurais donc malgré moi l’âme d’un skinhead originel en tant que créole de cité ethniquement mixte.

Ce n’est que lors de ma dernière année de fac, après un total de 7 années d’errance (et de liberté éloigné d’une famille plus que modeste et totalement dysfonctionnelle), que j’ai commencé petit à petit à parler un peu plus régulièrement le français qu’à partir de mes 24 ans dans un département français au 21ème siècle ! Tout ça parce que je fréquentais mon premier groupe d’ami créole totalement francophone. Je les appelais les « bounty » car c’étaient tous des créoles issus des parents ayant atteint la classe-moyenne grâce aux politiques de modernisation du département sous l’impulsion de Michel Debré, qui intégrait l’idée que pour leurs enfants puissent réussir socialement, il ne fallait pas apprendre le créole à leurs enfants, cette langue du bas peuple… Après l’arrêt de ma dernière année d’étude, où j’ai dû retourner habiter chez ma famille dysfonctionnelle au chômage et au RSA de mes 25 ans jusqu’à quasiment mes 28 ans, avant d’aller travailler en région parisienne. Parler français était donc une nécessité pour pouvoir m’habituer à mon futur environnement, moi le plus grand créolophone devant l’Eternel ! Je me suis mis à lire davantage. C’est dans ce contexte tendu au chômage chez ma famille dans mon pauvre quartier de pauvres que mon meilleur ami de la fac, un zoreil (métropolitain) du PACA avec qui je parlais créole (rencontré avant mon groupe d’ami de bounty de ma toute dernière année de fac), installé depuis la fin de ses études à Paris pour réaliser son rêve dans le monde de la startup (c’est lui qui m’a créé ce blog, merci mon babtou solide), m’offre comme cadeau un billet aller-retour entre la Réunion et Paris. Le but de ce cadeau inattendu, c’était de me faire découvre Paris pour confirmer ma réelle envie de tout quitter à la Réunion pour tenter une expérience francilienne.

Première expérience du racisme (Paris, juillet 2019) :

Malgré l’émerveillement que me procure la beauté de Paris, mon séjour s’en trouve obscurci par divers évènements qui se déroulent en l’espace d’une semaine. Ainsi, j’arrive à m’embrouiller avec un policier dans le métro, à me faire refouler dans plusieurs établissements, à me faire fouiller dans plusieurs établissements et me faire clasher par toute une bande de bobo qui me traite de facho… Je suis complètement désemparé.

Mon rapport avec la ville de Paris est magique, mais mon rapport avec les franciliens est complètement catastrophique ! En une semaine tout est allé si vite et de pire en pire. La pire de mes mésaventures était bien sûr l’embrouille avec un policier. Heureux d’être à Paris pour la première fois de ma vie, je « snapchatais » tout ce qui me paraissais nouveau. Notamment dans le métro, monde nouveau et parallèle. J’étais un véritable extraterrestre, surexcité comme un Japonais mais habillé comme un touriste blédard avec une tête de maghrébin ne m’a pas du tout aidé. Mon comportement excessif de snapchateur a agacé un policier qui m’a gueulé dessus comme jamais ! Désagréablement surpris, j’ai tenté de discuter avec ce policier qui ne voulait rien entendre car totalement hors de lui… J’ai compris que c’était peine perdue de parler rationnellement avec un policier qui était à bout et pétait les plombs. J’ai ressenti à travers son regard qu’il me voyait comme un blédard/banlieusard, un « jeune » de la diversité qu’il semblait détester au plus profond de son âme, excédé par toute la racaille existante. Mais il y avait beaucoup de chance qu’au second tour des présidentielles ce policier ait voté comme moi Marine Le Pen contre Emmanuel Macron. Mais ce vote secret ne m’a pas protégé de la haine d’un policier. J’ai quitté ce métro en pleurant. Toute ces anecdotes de mésaventures ont commencé à remettre en question ma conception idéalisée de la France. Est-ce que la France était vraiment raciste comme je m’étais souvent interdit de penser ? Devais-je me rendre à l’évidence ?

Réflexion que j’ai partagé avec mon meilleur ami startupper néo-parisien, originaire de Vallauris des Alpes-Maritimes. Il est allé cash dans son avis : Non la France n’est pas raciste. C’est pire, Paris est la ville des castes sociales. Si je veux arrêter d’être refouler et fouiller dans chaque bar, restaurant et magasin dans lequel je veux rentrer, je dois tout simplement changer de style vestimentaire de blédard des tropiques. Son conseil m’a semblé complètement tordu, mais je l’ai quand même écouté. J’ai fait ce que jamais je ne pensais faire : je suis allé faire du shopping dans les archétypaux magasins de vêtement préférés de la petite classe moyenne réunionnaise dont je me suis toujours éloigné. J’ai toujours aimé garder mon originalité de mon style vestimentaires simple et décontracté aux influences urbaines 974. Je suis donc passé par la case Jules et Célio. J’ai changé ma garde de robe pour ma toute dernière semaine… Et bingo : plus aucun refoulement et fouillage habituel de la semaine précédente. Pire, je fréquente rapidement des petits bourgeois parisiens avec qui je vis l’euphorie de la coupe du monde football que la France gagne victorieusement. Je rencontre même le premier ministre et en un tweet, j’arrive dans un court article du nouvel observateur :

J’ai voulu terminer mon séjour avec une expérience loufoque : m’habiller comme une racaille réunionnaise en plein barbés ! Non seulement tous les dealers de drogue d’origine africaine m’ont interpellé, mais en plus marcher au côté de mon bobo d’ami startupper a autant interpellé les dealers que les policiers dans la rue : pourquoi un potentiel trafiquant se tapait la discussion avec un businessman sortant de son site de coworking habillé de manière classe ? Le changement vestimentaire m’a permis en une semaine de vivre ma première et pire expérience ambigument raciste avec un policier (je dis ambigument car aucun propos lié à mon origine ait factuellement sorti de la bouche du policier, en revanche un énorme ressentiment était bien là donc ce sujet sous-jacent aussi) jusqu’à rencontrer le premier ministre avec un tweet qui a fait le buzz… L’ascenseur émotionnel de Paris où tout est possible : le pire comme le meilleur ! Mes deux semaines parisiennes ont été mitigé mais j’étais heureux de l’avoir vécu, d’autant plus que la deuxième a été plus positive que la première, catastrophique. Grâce à mon meilleur ami j’étais convaincu de vouloir revenir définitivement à Paris.

Si je dois revenir sur l’insulte facho des bobos à mon encontre, il faut d’abord savoir que j’étais conscient de ne pas évoquer des sujets politiquement orientés et que je devais rester le plus neutre possible dans ce genre d’environnement hostile. C’est uniquement le fait d’avoir révélé que je croyais en Dieu qui a fait réveiller le démon de ces gauchistes dogmatiques, je ne pouvais qu’être un vilain droitard croyant. Ils m’ont interrogé comme durant la Sainte Inquisition pour me psychologiser : comment oser encore croire en Dieu au 21ème siècle ? C’est trop rétrograde ! Sacrilège, j’ai osé dire que j’étais psychologiquement un « dominé ». La domination sociale n’existe pas, enfin pour eux… dit par des bobos, moi en tant que chômeur au RSA… L’indécence totale ! Ces bobos du 11ème m’ont rendu paradoxalement sympathique les bourgeois de droite que je m’étais promis de fréquenter quand je reviendrai sur Paris pour travailler. De retour à la Réunion, j’ai changé petit à petit ma garde de robe et j’ai vite pris conscience ce que je n’avais jamais porté attention : le regard des gens et le comportement des gens à son encontre selon son accoutrement change. C’est évident. J’étais même choqué que ce genre de réflexe existait à la Réunion, moi qui s’en bats royalement les couilles du code vestimentaire tellement c’est un critère qui me semble peu pertinent dans la vie.

Je suis revenu à Paris en mars 2019, cette fois-ci pour y travailler, soit 8 mois après ma première venue. Le dernier acte symbolique que j’ai fait quand j’ai quitté la Réunion c’était de me recueillir sur la stèle commémorative à St Denis de la Réunion en l’honneur de Michel Debré : « Créole un jour, créole toujours ! ». Le premier acte symbolique que j’ai fait en arrivant à Paris, c’était de me recueillir sur les tombes de Raymond Barre et Jacques Vergès au cimetière de Montparnasse. C’était un moyen pour moi d’invoquer mon destin d’une certaine façon, mais surtout c’était un moyen symbolique de me libérer de tout ce passé postcoloniale qui m’habitait à la Réunion afin d’être pleinement épanoui et libre dans ma nouvelle identité de francilien avec ce nouveau départ de bumidomien. Car oui je suis allé emigrer en Hexagone grâce à l’organisme de Ladom, ex-ART et plus anciennement ex-Bumidom. Ma deuxième action à Paris c’était de faire une entretien vidéo avec mon youtubeur préféré de l’époque afin de le rencontrer, mais sur un sujet que j’assume peu : mon ambiguïté d’asexuel ou plutôt d’a-pulsionnel. J’assume encore moins publiquement l’entretien vidéo en lui-même, mais finalement ça reste une preuve vivante de mon évolution entre les derniers résidus de mon accent créole qui va disparaitre petit à petit. Mais surtout un témoignage de l’ancien Julien de la Réunion car je parle de ma vie chaotique d’avant, du Julien castré par le matriarcat créole incarné par la pratique religieuse ultra-féminine. Mon vécu en Hexagone m’a radicalement changé et émancipé de mes démons intérieurs. Ma troisième action était de fréquenter toutes les chapelles souverainistes et de droite de Paris. Enfin, j’ai voulu fréquenter des petits bourgeois de droite du 17ème arrondissement afin de les comparer aux bobos de gauche. La différence ? Aucune. Ils psychologisent tous les deux celui qui remet en question l’ordre établi, au lieu de répondre factuellement sur le fond. Trouver des failles psychologiques personnelles est bien plus facile que de se remette en question. Le problème social et économique est clos par un psychologisme bourgeois à deux franc six sous. Les gauchistes comme les droitards sont aussi limités et caricaturaux que les cassos d’en bas. Aucun mépris de ma part quand j’emploie le mot « cassos » car j’en fus un.

Bumidon et émancipation personnelle :

C’est au bout de mes 4 mois d’hébergement pendant ma formation de reconversion professionnelle dans une AFPA (Agence Nationale Pour La Formation Professionnelle des Adultes) de Banlieue en étroite collaboration avec LADOM, notamment au côté de divers voisins étrangers, que j’ai dû mettre au courant le service de LADOM de mon désir de rester en Hexagone ou de retourner dans mon département d’origine. Le bureau de LADOM se trouvant au ministère des Outre-Mer où je devais clarifier ma situation de résident français ultramarin en hexagone à la suite de la fin de mon contrat de formation. C’est toute cette ambiguïté que j’assume et m’empêche d’entretenir du ressentiment via une vision binaire baisé. J’ai toujours eu un profond désir d’émancipation personnel face à toute forme d’aliénation issu d’un formatage, quel que soit le dogme en question. Je suis fier d’avoir reçu une éducation religieuse stricte quoiqu’aujourd’hui je ne suis plus du tout pratiquant, je suis en privé chrétiennement spirituelle et dans la vie dans la cité plutôt laïcard pour mieux comprendre les différentes groupes sociaux, ethniques, religieux et sexuelles. Seul l’esprit critique m’a pu aider à tendre vers l’universalisme républicain. Casser mon déterminisme de classe est une obsession qui m’habite que j’ai tenté de résoudre du point de vue théorique et spirituel par la lecture de livre sur le développement personnel. Mais du point de vue pratique, c’est principalement grâce à Michel Debré via LADOM. Depuis, je continue d’errer dans un flou social, ethnique et sexuelle : je ne suis plus un sous-prolo ultramarin mais un esclave du salariat francilien, tout en restant dans la zone grise ethnique (ni blanc ni noir) et sexuelle. Je ne suis qu’un observateur non-binaire racialement, politiquement et sexuellement. Si on a compris que je suis triplement ambiguë sans être dans aucune de ces cases, on m’a entièrement compris. Inclassable, je ne peux qu’être incompris par des archétypes sociaux tel que les gauchistes et les droitards.

« A la suite de mon voyage à la Réunion [en juillet 1959 aux côtés du général de Gaulle], je m’attache à régler sans tarder un problème particulier à cette France de l’océan Indien : la dégénérescence de la race y est devenue un thème pour littérateurs et administrateurs. On parle avec pitié des ‘petits blancs des hauts’, malingres, chétifs, perdus. L’état physiologique d’un prolétariat basané ou noir, le long de la côte, n’est guère plus brillant. De toutes parts, il m’est affirmé que la principale cause de cette misère est l’endogamie : les alliances répétées entre proches sont accusées de provoquer un affaiblissement tant physique qu’intellectuel »

Debré Michel, Trois Républiques pour une France. Gouverner. 1958-1962, Paris, Albin Michel, p. 354.

Dépasser le ressentiment postcolonial :

Il s’appelle Karl Appela et il est mon chanteur préféré à force de toujours mettre les bons mots sur les maux de la vie. Il est plus connu sous le nom de Blacko de Sniper, mais plein de surnoms vont le suivre durant sa carrière : Afrikaf, Tikaf, Lakour, Solitary Lion, Black Rénégat, Lion Bird, piment Zoizo, MC Reggaeman… Mère d’une française et d’un père d’origine de la Réunion, ayant grandi sans « re-père », il ne va cesser de chanter le fait qu’il soit « déraciné » tout en pouvant vivement critiquer sa « douce France ». Sa perpétuelle quête identitaire se retrouve dans tout son parcours musical à travers son évolution avec tous ces nouveaux surnoms. Ce cas de névrose identitaire et dissonance cognitive ne se limite malheureusement pas qu’à lui, mais à des centaines de milliers de français (si ce n’est des millions de français). Et c’est ainsi, qu’ils viennent d’Outre-Mer, ou d’autres pays de l’ancien empire colonial qui devenus indépendants. Pour le cas strictement ultramarin, on peut évoquer que la plus grosse erreur du député de la Réunion Michel Debré n’ait pas été de faire déraciner pas moins de 2 010 pauvres enfants entre 1962 et 1984 de leurs îles pour les faire élever dans des familles d’accueils de divers départements ruraux français, affaire appelé communément « les enfants de la creuse ». Mais que ces derniers n’était qu’une composante d’une politique d’émigration de centaine de milliers d’ultramarins vers l’Hexagone. Ce phénomène a accéléré le vieillissement de la population antillaise. Même l’ancien député socialiste réunionnais Wilfrid Bertil et les historiens Prospère Eve et Gilles Gauvin montent au créneau pour recadrer les faits et faire arrêter le très facile Debré-bashing post-mortem, enfin pour ne pas dire le réductio ad débréum. Après l’avocat du Diable (Jacques Vergès) et le Diable de la République (Jean-Marie Le Pen), je vous présente le Diable du BUMIDOM qu’a été Michel Debré (un deuxième diable réunionnais).

Aimé Césaire fut le premier à parler du « génocide par substitution » en Outre-Mer. Le « grand remplacement » ultramarin n’est pas tant un fantasme que ça et le référendum en Nouvelle-Calédonie évoque de manière sous terraine cette question sans que les médias nationaux puissent réellement comprendre la question « postcoloniale ». La question véritable c’est peut-on rester un territoire français ultramarin, tout en favorisant l’emploi local au détriment des hexagonaux qui viennent profiter du soleil et entrer en concurrence sur le marché de l’emploi avec la population déjà marginalisée économiquement ?  La politique est une question de compromis donc je pense que la réponse est oui. L’approche binaire du référendum calédonien me semble totalement à côté de la plaque, c’est bien la cécité de la vision jacobine des choses de ne rien comprendre au problème postcolonial. La France a tout son intérêt de garder intact l’héritage gaullien ultramarin. Les frontières intra-nationaux existent, la crise du covid19 n’a fait que démontrer qu’elles existent à travers les vols intra-nationaux et ses quarantaines. Mais mon pointage obligatoire au bureau de LADOM est un autre révélateur. Donc cessons de faire l’autruche, acceptons frontalement cette ambiguïté afin d’aller de l’avant et trouver des solutions. Affronter pacifiquement son ambiguïté postcoloniale est nécessaire afin de sortir de ces débats inutiles ! Le problème c’est que le clivage locaux/hexagonaux n’a jamais été aussi fort dans les territoires ultramarins. Vu que l’héritage débréïste est un jacobinisme ultramarin issu du 2ème empire coloniale sous la République, il n’a jamais été remis en question pour la faire évoluer et l’adapter aux enjeux français du 21ème siècle.

L’expression de plus en plus familière de la “la Réunion mon tit péï” démontre un glissement sémantique dans l’inconscient des réunionnais concernant l’autonomisme, voire l’indépendantisme, qui a toujours été deux courants assez marginaux de la vie politique réunionnaise. Le PCR d’antan était originellement autonomiste, mais a mis ce sujet sous le tapis depuis les années 1980. Ces deux concepts différents restent pourtant flous chez la masse restant en dissonance cognitive. A la Réunion, il existe Monsieur « grand Remplacement » zoreil, il est conférencier multi-doctorant et s’appelle Philippe Cadet. Il prêche du ressentiment anti-zoreil primaire, tout en sortant avec brio les principaux chiffres de l’INSEE sur ce sujet masqué par le pouvoir central. Derrière son discours populiste, quand on lui demande clairement en privée comment s’affranchir du jacobinisme français il évoque de se retirer de la tutelle France, sans se retirer de l’UE pour garder les fond européens… En somme, de la pure démagogie ! Depuis une dizaine d’années on a vu accentuer divers incidents, sur ce clivage qui masque une lutte de classe intra-nationale, souvent très médiatisé. L’un des porte-paroles de la Réunion Insoumise, Perceval Gaillard, en a fait les frais sur les réseaux sociaux où il s’est fait virtuellement lyncher en tant que candidat législatives partiel de 2018 LFI qui avait pour simple défaut… de ne pas être réunionnais ! Le fait que toute la gauche identitaire créole prétendument antiraciste s’est virtuellement défoulée sur le choix de cette candidature en tant que non-créole a été plus que révélateur. Au lieu de pouvoir résoudre politiquement un problème au niveau national en amont, autant s’en prendre lâchement sur les réseaux sociaux et dire ce qu’on serait incapable de dire face à face ! Signe de l’impuissance et de la lâcheté humaine à l’état pur ! La connerie n’a pas de couleur de peau. Le problème stratégique de la LFI a été le même que qu’a dû faire face la fédération du FN, devenu RN, depuis dix ans. Toutes les décisions sont prises depuis Paris, expliquant ainsi, les difficultés qu’ont ces partis à s’implanter localement. L’élection de Jean-Hugues Ratenon comme député réunionnais affilié LFI est une élection trompe-œil car il était soutenu par le LFI, tout en venant d’une liste unitaire de gauche en tant que militant associatif de terrain médiatiquement connu. Le reste des candidats LFI, que ce soit aux législatives de 2012 (avec le Parti de Gauche), comme ceux de 2017 était exclusivement des candidats hexagonaux. Ce décalage culturel venant de Paris est trop visible pour la population réunionnaise. L’époque de l’homme providentiel venant de Paris tel que Michel Debré est révolu car ce dernier à contribuer à faire émerger des leaders de la droite locale, à créoliser l’offre politique en l’espace de 30 ans. C’est cette stratégie d’implantation que le RN 974 a plutôt réussi en l’espace de 10 ans, à créoliser tous les responsables de la fédération… Mais toujours confronté au fait de ne pas se faire élire. Les élections nationales tel que les présidentielles ou européennes sont des plébiscites pour Marine Le Pen, mais les élections locales restent plutôt des échecs. Passer de près de 40% au second tour des présidentielles de 2017 (23% au premier tour), à 31% au européennes de 2019 à 1,74% est un échec cuisant d’implantation !

La Réunion Kwir (queer en créole), petite déstabilisation colorée péï ?

Les décoloniaux de la classe moyenne réunionnaise qui s’est faite intoxiquée dans les universités de l’Hexagone sont de retour à la Réunion pour jouer un mauvais tour !

La préfecture de la Réunion a autorisé la manifestation de la première marche des visibilités de l’Histoire de la Réunion de l’Océan Indien et de l’Outre-Mer français, durant le même week-end où une centaine de réunionnais étaient verbalisés pour une fête d’anniversaire près de la mer. En effet, plusieurs verbalisations eurent lieu lors de diverses manifestations très négativement médiatisées, que ce soit notamment celle du traditionnelle défilée du 31 décembre dans la commune du Port, comme celle de la manifestation anti-couvre-feu de St Leu. Le principal organisateur de la marche LGBT a donc quant à lui reçu une surmédiatisation toujours complaisante des divers médias locaux, avant, pendant et après le jour J dans un contexte tendu face à toutes ces interdictions, à l’inverse des deux manifestations précédemment citées. Le choix de la préfecture de laisser se dérouler cette marche sociétale que la société réunionnaise n’était pas prête à voir en plein couvre-feu et interdiction généralisée ont surpris beaucoup. Mais la surmédiatisation de cette cause sociétale depuis quelques mois a fait taire toute potentielle critique de peur de mal s’exprimer avec une opinion opposée qui serait donc caricaturée comme rétrograde et réactionnaire ! Il n’y a rien d’homophobe de ce se poser sagement la question en tant que citoyen réunionnais en pleine restrictions sanitaires :  pourquoi les médias locaux ont fait monter en mayonnaise cette cause sociétale et que la préfecture a été aussi clément d’autoriser cette marche de plusieurs milliers de participants, pendant qu’en parallèle ces mêmes médias et cette même préfecture ont été si sévères envers d’autres manifestations tout aussi pacifiques ? D’ailleurs, il faut rappeler que cette marche LGBT a lieu dans la même semaine quelques jours après le vote inique à l’assemblé nationale favorable au pass sanitaire pour les rassemblements de plus de 1000 personne. Sur les divers réseaux sociaux, les trois co-organisateurs, et accessoirement influenceurs LGBT, de cette marche historique, on a pu voire la promotion du test négatif anti-covid de chacun des trois avec un QR Code… Soit le premier pass sanitaire vu à la Réunion, 100% cool, jeune et gay-friendly… On dirait bien que la préfecture réunionnaise et les médias régionaux ont choisi leurs idiots utiles pour faire passer la propagande gouvernementale auprès de la jeunesse, sans que ces derniers ait pu comprendre leurs instrumentalisations à cause de leur naïveté, obnubilés par leur cause communautariste.

Colonisation culturelle :

Brandon Garcera, l’icône lgbt non-binaire 974 invité.e comme une reine sur tous les plateaux télévisés depuis des semaines, a tenu ce discours le dimanche 17 mai 2021 devant la préfecture de la Réunion:

« Depuis St-Denis, près de la statue coloniale Mahé de la Bourdonnais. Nous vivons dans un monde où nous célébrons nos bourreaux, celles et ceux qui ont esclavagisés nos ancêtres, violés nos sœurs, nos frères et nos adelphes. Comment penser qu’il n’y a pas de reste de colonisation aujourd’hui en 2021 ? »

Il y a trois éléments totalement surprenant dans de ce qui semble être une réécriture idéologique de l’Histoire réunionnaise :

–          Depuis quand dans l’Histoire de l’esclavage dans le monde entier, des esclaves se sont-ils définis comme des adelphes non-binaire en référence à un combat sociétal post-moderne ? C’est un anachronisme. 

–          La colonisation ne s’est pas basée unilatéralement sur l’esclavage et le viol. C’est une vision étriquée et caricaturale de l’Histoire.

–          Parler de la colonisation en 2021 à la Réunion en important le double combat LBGT et BLM d’origine étatsunienne est un foutage de gueule intégrale. 

L’oligarchie financière est fière de l’aliénation mentale de la génération Z nourri par Mc Donald’s, Netflix et Brut. Bravo à la jeunesse dorée, dépolitisée et occidentalisée 974, vous êtes de parfaits petits esclaves du capital en marche avec l’obscurantisme sociétale, en pleine régression sociale aggravée par la crise sanitaire.  Avec leurs test PCR et leur QR code, ils sont prêts à lutter contre des discriminations très orientées, tout en oubliant qu’interdire une personne de se déplacer librement à une manifestation de plus de 1 000 personnes à cause de l’absence d’un pass sanitaire est également une grave discrimination. Ils ont été tellement manipulés par le système politico-médiatique réunionnais qu’ils ne sont pas rendus compte qu’ils étaient de simples pions…

Je dirais donc : vive le progrès sociétal ! Je suis bien heureux de connaitre que le lobby gay 974 rempli de jeunes pauvres créoles pubères homosexuels puissent trouver leurs émancipations loin de leurs familles rétrogrades, auprès de la chaleur de vieux suggar daddy zoreils dans les villas de l’Ouest de l’île. C’est ça le progrès ! Donner son cul à des vieux riches pour que ces derniers les sodomisent en échange de les faire sortir de leur misère économique. Tout le monde est gagnant, vive le nouveau marché sexuel ! L’amour est sous le soleil des plages de l’Ouest via ces magnifiques échanges interculturels, c’est épanouissant d’aligner ses chakras dans des gang bang interraciaux intergénérationnelles. Je comprends donc que le lobby gay 974 milite pour cette énorme avancée. Les familles réunionnaises seront heureuses de l’apprendre.

Cette jeunesse woke qui veulent défendre les jeunes de cité contre le privilège blanc des « zoreils », tout en critiquant les premiers d’être trop rétrograde sur ces questions sociétales et s’envoyant en l’air avec les seconds car plus ouvert d’esprit. On n’y comprend plus très bien mais bon…  Critiquer des enracinés en tant que jeunesse dorée nomade mondialiste de ne pas être assez ouvert d’esprit avec une grille de lecture importée des universités américaines, ne serait pas un néo-colonialisme ?! Merci Laurence Vergès pour donner de l’importance à une jeunesse réunionnaise globalisée, colonisée mentalement par les USA, tout en se déclarant décoloniale. Elle avait déjà donné sa bénédiction pour que des « militants » dégradent la statue du colon François de Mahy devant la mairie de St-Pierre. Son père, Paul Vergès, descendant de colons, serait tellement fier d’elle aujourd’hui qu’il la renierait là d’où il est. Paix à son âme ! L’ancien assistant parlementaire de ce dernier au parlement européen, aujourd’hui eurodéputé insoumis et militant LGBT à ses heures perdues, Younous Omarjee, dinait encore il y a peu avec Françoise Verges et le “journaliste” Taha Bouhafs… On a les dirigeants à l’image de notre époque médiocre. Le communisme de papi Vergès me manque ! Le nouvel esclavage mental est la nouvelle émancipation sociétale, bienvenue en covidie-1984 !

L’horizon indépassable populiste 974

La Réunion est l’unique département français où la crise des gilets jaunes a dégénérée avec l’intervention de l’armée pour casser cette révolte populiste. Alors nous pouvons nous poser cette question : est-ce que cette petite révolution colorée promue par tous les médias ne serait pas la suite logique c’est pour tenter de casser la révolte populiste anti-confinement qui a émergé plus d’une fois à la Réunion ? Selon un sondage de la FAGIS publié en début juin dernier a montré que 58% des réunionnais ne font pas confiance aux vaccins contre le Covid. Ce pourcentage monte à 74% chez les 18-29 ans et 72% chez les 30-39 ans, soit les deux catégories les plus présentes sur les réseaux sociaux qui ne cessent de critiquer tous les post appelant à la vaccination de la population. Le clivage générationnel se situe entre les plus âgés ayant plus confiance dans le discours système politico-médiatique, et les plus jeunes qui sont plus réticents ! Sachant que la Réunion est le 3ème département français le plus jeune après Mayotte et la Seine-Saint-Denis, c’est assez révélateur de ce clivage. La raison est simple, seule une minorité des réunionnais ont le luxe de pouvoir se permettre d’aller en vacances hors de la Réunion, les réunionnais voyagent peu. Donc seules les veilles personnes sensibles aux recommandations sanitaires et la classe moyenne minoritaire qui veut voyager vont se faire vacciner. Le reste des réunionnais des milieux populaires et jeunes, soit une large majorité, s’en fout de cette recommandation. Pourtant, cette énorme réticence est totalement niée par le pouvoir central comme si le problème est inexistant. Le sujet a été évacué lors des élections régionales.

Lors de ces dernières régionales, l’abstention a mieux résisté à la Réunion qu’au niveau hexagonal tout simplement parce que le clientélisme électoral est beaucoup plus puissant avec ces 5 candidats-maires. Monsieur Grand Remplacement, Philippe Cadet, comme le candidat du Rassemblement National, ont tous les deux été les grands perdants de l’abstention malgré leurs positionnements populistes. Ils ont tous les deux également eu du mal à susciter l’enthousiasme parmi la jeunesse réunionnaise qui s’est réfugiée dans l’abstention. Pourtant Philippe Cadet avait mis sur sa liste un influenceur et youtubeur Maloyab populaire des réseaux sociaux. Mais la notoriété virtuelle sur une liste marginale ne se traduit pas forcément dans les urnes. Résultats : pétage de plomb sur les réseaux sociaux où comme un enfant pourri, il est incapable de reconnaître la réalité du terrain de ses fantasmes. L’abstention persiste chez ceux qui n’auront rien à gagner et ils sont majoritaires, ici seule une ligne populiste de rupture peut entrainer la majorité face au statut quo qui achète la paix civile, de peur de revoir surgir l’explosion sociale générale de la crise gilet jaune. C’est peut-être pour cela qu’Huguette Bello, 70 ans, a intelligemment recruté et mis en deuxième sur sa liste le militant culturelle de 35 ans du Chaudron, Frédéric Maillot. Co-fondateur du parti « Croire et oser », il a lâché son chef charismatique, ainsi qu’avec d’autres, pour un plat de lentille après être infructueusement allé dans diverses campagnes électorales depuis près d’une décennie. Il a été absorbé par la gauche institutionnel et est aujourd’hui vice-président du conseil Régionale de la Réunion.

« La Réunion c’est in’ ti paradis,

Po rentrer, y faut passe par Saint-Pierre.

La Réunion c’est in’ ti paradis,

Et Saint-Pierre la laisse la porte ouvert. » André Phillipe et Jules Joron, reprise par Ousa Nousava.

Pas étonnant que le Cheikh El Hasnaoui y est venu mourir. J’ai déjà emmené un ami kabyle se recueillir sur sa tombe dans le cimetière musulman de Saint-Pierre. Cela étant dit, est-ce qu’un département français d’outre-mer comme la Réunion peut devenir un laboratoire social pour le reste de la nation ? Peut-on l’utiliser comme un bon exemple de laboratoire sociale en faveur du populisme ? Si on regarde de plus près, la 4 circonscription de la Réunion, on peut être marquer par la versatilité du vote réunionnais qui reste globalement… gaullo-communiste. Entre 1986 et aujourd’hui, cette circonscription a été 12 ans communiste, 15 ans socialiste et 8 de droite. Le maire et leader de la droite de Saint-Pierre depuis 2001, le sait sa commune reste historiquement une commune communiste. Electorat qu’il a su rallier à sa cause. Pas étonnant donc que les saint-pierrois ait pu dans cette commune de droite mettre Huguette Bello en tête devant le président sortant divers droite soutenu par Monsieur le Maire. L’implantation (en partie infructueuse) de Thierry Mariani (ex-UMP) en PACA s’est faite via son mouvement d’exfiltration mariniste « La Droite Populaire », Marine Le Pen devrait faire de même à la Réunion avec un mouvement qui s’intitulerait « La Gauche Populaire ». C’est provocateur, pourtant le réel est là : le report des voix des électeurs de Mélenchon, arrivé en tête au premier tour des présidentielles de 2017 (24%) s’est plutôt bien effectué au second tour sur sa candidature. C’est certainement le seul département français où ça s’est effectué. Un proche de Macron a récemment résumé dans l’Express, l’échec de l’implantation mariniste à la Réunion : « il existe un nouveau clivage dans notre paysage politique : celui qui sépare les partis locaux et les partis nationaux ».

 « Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16 : 19).

Ultramarin à contre flot :

Contrairement aux apparences, Huguette Bello n’a pas été investie par l’ancien puissant Parti Communiste Réunionnais avec qui elle s’est séparée depuis 2012 en tant que dissidente, le PCR a reculé électoralement dès les municipales de 2014. Historiquement, il était très puissant et se permettait le luxe de faire cavalier sans soutien d’un PS localement marginal. L’élection de Bello à la tête de la Région avec l’union des diverses listes de gauche confirme la disparition du vieux bipartisme communisme/gaulisme. Vergès comme Debré sont mort, il ne reste qu’un champ de ruine. La Réunion continue sa lente décomposition en social-démocratie. Cette première union des gauches victorieuse démontre que la Réunion vit avec 30 ans de retard, la social-démocratie Mitterrandienne où c’est le sociétal du PS qui prime sur la question sociale du PCF déclinant… Je peux faire une analogie entre le fait que la Réunion vit sa première marche LGBT et exubérante, soit une synthèse à la fois au niveau national des débuts timides des années 70 qui se séparent lentement des syndicats et l’exubérance sous Mitterrand dans les années 80. Être ultramarin en région parisienne en 2021, c’est être en décalage spatio-temporelle avec le délitement psychologique de la société française tandis qu’à la Réunion, le processus de rattrapage économique et sociétale s’est fait en accéléré depuis sa départementalisation il y a 75 ans. Sachant que c’est sous Mitterrand, qu’on a vu émerger un Jean Marie Le Pen, est-ce que 2022 ne serait pas l’année de l’émergence d’un Jean Marine Le Pen réunionnais ? On peut se demander si les émeutes du Chaudron de 1991, suite à la suppression d’une chaine de télévision à tendance libertaire avec des films érotiques face aux deux autres chaines d’état où la liberté d’expression était cadenassée par l’héritage debréïste incontesté, n’était pas le mai 68 des réunionnais ? Je suis un trentenaire réunionnais politisé voulant incarner l’espoir de cette jeunesse socialement bloquée sur ce département perdu de la République. Je suis hanté par la « chaudronisation » de l’intégralité des villes de la Réunion lors de la dernière crise Gilet Jaune, explosion sociale qui peut reprendre n’importe quand, surtout actuellement en plein délire covidiste où la population est réticente. Pas étonnant que la préfecture ait fait la promotion de la marche LGBT. Mes parents ayant connu des bidonvilles durant leur enfance ont dû fuir leur village pour habiter adulte en ville, connaissant donc un exode rural comme les français durant les années 50. Je serai donc né avec une éducation prolo moderne équivalente à celles des années 60 et 70.

En tant que Réunionnais, nous avons 30 ans d’écart mentale avec l’Occident. Notre décalage avec les postmodernes de la générations Z francilienne que j’ai côtoyé politiquement est une évidence. Coincé entre le bas de l’échelle sociale où la masse se réfugie dans la réaction émotionnel, l’instinct le plus total, et le haut de l’échelle sociale (Paris) où ses milieux élitaires se réfugient dans une rationalité froide. Le métis social a quant à lui tout pour être populo comme élitaire, soit tous les ingrédients pour la compréhension du double fonctionnement de la société, pour sa propre ascension, tout en étant incompris par ces deux groupes antagonistes. Autant plus quand on est linguistiquement, politiquement et ethniquement non-binaire. Ma triple expérience de résident d’un quartier dit « sensible » au contact des réunionnais aux conditions modestes, d’ancien étudiant en Sciences Humaines à l’Université de la Réunion et de candidat de Ladom ayant quitté l’île pour travailler en Ile-de-France font de moi un jeune militant conscient de ce que vit la jeunesse réunionnaise et plus largement la jeunesse ultramarine. Mon déménagement francilien m’a également permis, en parallèle de mon insertion professionnel, de fréquenter les militants des diverses chapelles de militants souverainistes ou dit de droite.

Avec mes diverses expériences et mes observations acquises lors de ces 30 dernières années, je pense aujourd’hui être assez mature pour pouvoir me former et me préparer à me mettre au service des réunionnais. En tant que français de « branche » ultramarine et donc de couleur, je n’ai certainement pas un sentiment négatif envers d’autres personnes de couleur semblable à moi. Mais il est indéniable que les Outre-Mers ont urgemment besoin de mesures protectionnistes, notamment face aux dégâts économiques que cause l’immigration massive dans des départements où la population ultramarine autochtone est déjà en grande difficulté. Les Outre-Mers ne peuvent plus accueillir toute la misère du monde. Ce n’est pas Laura Hidair-Louis, l’élue municipal de Cayenne qui s’est virulemment disputée avec un demandeur d’asile marocain sur le sujet de manque de logement pour les guyanais, qui va me dire le contraire. Encore moins les mahorais qui vivent un chaos social, économique et sécuritaire avec des jeunes étrangers comoriens qu’on ne ramène pas chez eux. Mayotte vit l’amorce d’une mini guerre civile quasi-quotidiennement dans ses rues. Que faut-il faire ? Prôner le vivre-ensemble et la créolisation mélenchonienne ? Déconstruire l’Histoire de la France à la sauce macroniste ? Ou faire une croisade contre l’islam en chassant des compatriotes français musulmans, ainsi que les étrangers, abandonner Mayotte au motif qu’ils sont musulmans comme le recommanderait le zélé Zemmour ? Une démarche électorale anti-élitaire est la condition sine qua none pour mobiliser la masse des abstentionnistes issu de l’électorat populaire réunionnais avec notre Histoire spécifique gaullo-communiste. Pas étonnant qu’en 2017 Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen étaient au coude à coude au premier tour des présidentielles.

Réconciliation populiste :

Aller à la conquête du pouvoir, c’est sortir des chemins battus et pour pouvoir aller vers nouveaux électeurs sur une ligne populisme pédagogique qui rassemble. Il faut pouvoir faire émerger des caméléons sociaux pour aider ce pays à sortir de sa cécité intellectuelle. Seul des sentinelles de la sorte peuvent rallumer la flamme de la France éternelle et détruire l’obscurantisme des puissances d’argent. Le 21eme siècle sera mystique ou ne le sera pas. Un potentiel succès électoral populiste en outre-mer, voire peut-être même en banlieue est possible. Encore faut-il se donner les moyens pour sortir de sa zone de confort idéologique après cette gifle électorale en préparant un discours cohérent et unificateur dans une société archipélisée. Anticiper des séismes électoraux et des mouvements populaires via l’expertise de la cartographie sociale de manière artisanale est un de mes sujets favoris. La fragmentation sociale insulaire, je m’y connais en tant que géographe. Monsieur « Balladur Pied Noir » de CNEWS au lieu de critiquer frontalement la bourgeoise de droite d’avoir voulu et accepté le regroupement familial pour son propre bénéfice, préfère critiquer virulemment l’Islam… Il faudrait différencier l’islamisme de l’Islam et l’islam de l’immigration, tout est une question de causalité. Vouloir refaire une Saint-Barthélemy contre l’Islam en banlieues, sans en amont vouloir lutter contre les flux migratoires que veut le CAC 40 est un comportement politique lâche. Zemmour a le droit d’être lâche et c’est même plutôt facile quand on est assis au chaud chez Bolloré, cela prouve son manque de virilité intellectuelle. Vouloir combattre le ressentiment afro-islamo-indigéniste-décoloniale par du ressentiment droitard puéril est de l’inconscience politique pure ! Pas étonnant qu’Éric Zemmour n’attire à lui que des petits bourgeois castrés, ce qui se ressemble s’assemble ! Alors que Zemmour utilise sa judéité afin de populariser caricaturalement toutes les lubies de la droite bourgeoise d’origine pétainiste, j’aimerais au contraire contribuer à un début de déglaciation émotionnelle des réunionnais et plus largement des français, intellectuellement anesthésié, par ma modeste expertise, nourrit de ma créolité complexe. Je suis à l’intersection de la crise multifactorielle occidentale, sociale, ethnique et sexuelle. Jacques Vergès a été et est l’angle-mort de la France gaullienne, comme moi aujourd’hui je suis à mon humble niveau, un des angle-mort de la France macroniste, en plein virage libéral-autoritaire avec la fin des libertés publiques. Les créoles sont les angle-morts du choc des civilisations que nous ne voulons pas car nous sommes des pacificateurs.

Edgard Morin, penseur de la complexité, a écrit sur ce sujet :

Lorsque la société est très complexe, c’est-à-dire qu’elle est polyculturelle et qu’un individu vit plusieurs appartenances (familiale, clanique, ethnique, nationale, politique, philosophique, religieuse), alors tout conflit entre ces appartenances et croyances peut devenir source de débats, problèmes, crises internes, ce qui installe la dialogique au sein de l’esprit individuel lui-même.

Lorsque les idées contraires se combattent dans l’esprit d’un même individu, elles peuvent alors :

– soit s’entre-annuler et faire place au scepticisme, lui-même formant l’activité critique et moteur du débat d’idées.

– soit provoquer un “double mind”, contradiction personnelle provoquant une crise spirituelle, laquelle stimule la réflexivité et suscite éventuellement une recherche de solution nouvelle.

– soit susciter une hybridation ou, mieux, une synthèse créative entre les idées contraires. »

  • Pavé César

    Jépa Luh 16 juillet 2021 3:41 Répondre
  • Je suis content de voir un site “anti-woke” réunionnais, avec des réflexions solides et argumentées. Je crois qu’on a déjà interagi ensemble sur les réseaux sociaux, je vais vérifier. Je suivrai ce site avec plaisir.

    SinInk 14 août 2021 4:23 Répondre
  • Euh c’est bien nul ce petit texte qui, j’imagine, a demandé un certain temps d’écriture pour du rien, aucun fait, des vérités proposé sur la base de données erronées (vraisemblablement volontairement).

    Les faits :
    17 mai – Marche des visibilités.
    21 juillet – date de passage du texte sur le pass sanitaire à l’Assemblée.

    Ce n’est heureusement pas avec ce type d’articles, de type sociologie de bac à sable comparable à celle d’éditorialiste parisien anti-parisianisme”, que les Réunionnais seront mieux informés…

    Un jeune politicien en devenir se serait-il formé en métropole et photographié (façon selfie influenceur) auprès de personnalités plus ou moins clivantes pour apporter un point de vue bien de “chez nous” à La Réunion ?

    Patricia Clain 2 septembre 2021 3:54 Répondre

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